TRAVAIL, EMPLOI, POUVOIR D’ACHAT
Mme la Ministre – Mais le travail n’est pas seulement un impératif démocratique, c’est aussi une valeur républicaine car il permet à l’individu de prendre son parcours en mains (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste, radical et citoyen et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine).
Le travail est aussi une valeur économique. Nous sommes entrés dans une société de services, d’innovation, de développement de la haute technologie qui demande l’excellence. Alors que, dans cette société mondialisée, les hommes et les femmes du Brésil, de Chine et d’ailleurs ne ménagent pas leur peine, il n’est plus temps de laisser du temps au temps. Penser que la lutte contre le chômage passe par la réduction du temps de travail, c’est prendre les choses à l’envers (Exclamations sur les mêmes bancs), car le travail n’est pas un gâteau dont les parts seraient comptées. Pour en rester aux métaphores boulangères, je vois plutôt le travail comme une pâte qui lève, une dynamique exponentielle. Il faut en finir avec le malthusianisme qui prévaut en ce domaine. En 2006 pour la première fois, la baisse du nombre d’heures travaillées n’a pas été compensée par l’augmentation de la productivité. Nous ne pouvons plus longtemps refuser d’entrer de plain-pied dans la mondialisation. Érik Orsenna, dans son Petit précis de la mondialisation, n’explique-t-il pas que, partout où il est allé, la loi française sur les 35 heures est considérée comme une bizarrerie, et comme une aubaine pour nos concurrents, qui travaillent davantage ? Le temps de travail moyen aux États-Unis, en Espagne, au Japon est de 15 % supérieur au temps de travail moyen des salariés français. Pouvons-nous continuer de refuser, seuls contre tous, une évidence universelle, pouvons-nous continuer de nous automutiler ?
Enfin, le travail est une valeur sociale, et le considérer comme étant une guerre de tous contre tous est un contresens. Ce qui compte dans le travail, c’est la possibilité qu’il donne de se surpasser (Vives exclamations sur les bancs du groupe socialiste, radical et citoyen et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine).
M. Michel Sapin – Mais c’est Guizot déguisé en femme !
Mme la Ministre – Je prétends que le travail est le garant de la paix sociale (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP) en ce qu’il est l’association de tous avec tous. Aujourd’hui, le contrat social c’est le contrat de travail (« CNE ! CNE ! » sur les bancs du groupe socialiste, radical et citoyen et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine). Cessons donc d’opposer les riches et les pauvres ! (Interruptions sur les mêmes bancs)
Tous ces détours pour dire que le travail paye, qu’il faut en finir avec les théorisations idéologiques, cesser de penser, comme nous savons si bien le faire en France… (Exclamations ironiques sur les bancs du groupe socialiste, radical et citoyen et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine) et retrousser nos manches. Voilà le sens du projet que je vous soumets aujourd’hui (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP), un texte qui couvre toutes les grandes étapes de la vie et du travail, en considérant l’égalité comme l’égalité des chances offerte par les études, le travail comme un accomplissement personnel, le gain comme la récompense qu’on en retire, un gain qui n’a de sens que si l’on peut en profiter ou le transmettre à ses enfants.
Dans un tel schéma, le rôle de l’État n’est pas de contraindre les gens à travailler mais d’encourager, à toutes les étapes de la vie, depuis les études jusqu’à l’organisation de leur succession, les hommes et les femmes de France courageux et entreprenants et ceux qui veulent se remettre au travail (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste, radical et citoyen et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine).
M. Jean-Pierre Brard – Quelle arrogance !